FRATERNITE SACERDOTALE INTERNATIONALE
POUR LE RESPECT DE L’ANIMAL

ASSOCIATION DE RELIGIEUX(SES), PRETRES DIOCESAINS ET DIACRES,
POUR PLUS DE RESPECT DU REGNE ANIMAL AU SEIN DE L’EGLISE CATHOLIQUE

Témoignages

 

Discours du Prof. Debrot, Président de la SVPA,
à l’occasion du 4 octobre 2002, fête de la St François d’Assise

« La Société Vaudoise pour la Protection des Animaux (SVPA) remercie chaleureusement la paroisse de Montreux pour son invitation et son accueil à la journée de bonté envers les animaux, organisée par Monsieur l’abbé Olivier Jelen, pour marquer la fête de Saint-François d’Assise.

François, fils d’un riche marchand, rompit avec sa famille et se fit ermite puis prédicateur itinérant, faisant œuvre de pauvreté. Il fonda l’ordre des franciscains, des frères mendiants. Toujours en extase spirituelle, porteur de stigmates, victime de privations volontaires, il mourut à 42 ans. Il est vénéré par les amis des animaux pour deux épisodes de son existence.

Premièrement : la journée des oiseaux. Etant passé à Alviano, il adressa quelques exhortations à la foule, mais les oiseaux remplissaient si bien l’air de leurs chants qu’il ne pouvait se faire entendre.

« Il est temps que je parle à mon tour » leur dit-il. « Ecoutez la parole de Dieu, gardez le silence et tenez-vous bien tranquilles jusqu’à ce que j’ai terminé. » Et les oiseaux se turent pour l’écouter.

Deuxièmement : un grand loup dévorait les bestiaux et s’attaquait aux humains. Dans le village, personne n’osait plus sortir de chez soi, le soir venu. François décida d’aller parlementer avec le fauve. On essaya de le décourager en lui montrant à quel point l’animal était dangereux. Mais il n’écouta pas les conseils. La nuit venue, il sortit du village. Le loup apparut et bondit vers le moine. « Frère loup », lui dit alors François sans s’émouvoir , « je t’ordonne au nom du christ de ne faire de mal à personne désormais. » Il prononçait ces paroles de sa voix douce et monotone. Le loup, habitué aux cris des villageois, écoutait. Alors tous les habitants virent avec stupeur François étendre la main vers le loup. Sans cesser de lui parler, il marcha peu à peu vers lui. Celui-ci, d’abord immobile, se mit à reculer, puis il fit demi-tour et disparut à jamais. La douceur et le calme venaient de triompher de la violence instinctive de l’animal.

St François d’Assise parlait aux oiseaux, aux bêtes et aux humains, ce sont ces derniers qui l’écoutèrent le moins. Saint François d’Assise constitue une exception dans l’histoire de l’Eglise. En effet, la règle de l’ordre des franciscains ne mentionne à aucune place les animaux. Il fallut attendre près de 2000 ans pour que l’Eglise prenne en considération les animaux. Le XIX è siècle a marqué le début d’une évolution. Libération des esclaves, libération de la femme, puis protection de l’enfance et des handicapés, et aussi protection des animaux. 1831, première société protectrice des animaux en Angleterre. 1861, fondation de la SVPA . 1876, première loi cantonale sur la protection des animaux dans le canton de Vaud. Actuellement, nous possédons une loi fédérale sur la protection des animaux. Les idées sociales des chrétiens ont beaucoup contribué à l’amélioration du respect à l’égard des animaux .

Un orateur religieux du début du XXè siècle s’écriait : « Vous n’êtes pas chrétiens si votre chien ou votre chat ont encore peur de votre main ou de votre pied. » Nous avons certes évolué, mais nous ne sommes pas chrétiens si nous ne nous soucions pas d’améliorer l’existence des animaux exploités par l’homme, exploités pour leur viande, exploités pour leur peau et leur fourrure, exploités pour servir d’objets d’expérimentations dans les laboratoires, etc. Le Christ a ouvert une nouvelle époque : « On vous a dit œil pour œil, dent pour dent, mais moi je vous dis aimez . » L’apôtre Paul écrivait il y a bientôt 2000 ans : « La création attend ardemment la manifestation des enfants de Dieu. » Elle attend… les animaux attendent ; ne serait-ce pas aujourd’hui l’occasion pour les chrétiens de se manifester ? Non pas pour un seul jour, le 4 octobre, mais pour tous les jours de l’année.

Trouvez-vous normal, acceptable, que l’on doive recueillir, à notre refuge de Sainte-, plus de 4500 animaux par année, abandonnés ou dont les propriétaires veulent se défaire pour des motifs souvent égoïstes et futiles, trompant ainsi la fidélité et l’attachement d’un animal ? Pourquoi est-il nécessaire que la SVPA ait un inspectorat pour déceler les mauvais traitement envers les animaux ? Pourquoi faut-il une loi sur la protection des animaux qu’il s’agit de faire respecter ? Parce que la manifestation des chrétiens envers les animaux n’est pas encore suffisante.

Deux journées comme celles-ci sont réconfortantes : il est merveilleux de constater cet élan en faveur des animaux. Puisse-t-il être durable. »

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Crédit photo : FLAC

Propos du Père Preste sur les corridas


(…) N´allez plus vous repaître de sang, de souffrances et de mort dans les diverses corridas, n´allez plus applaudir ces toreros en habits chamarrés qui font semblant de dominer plus fort qu´eux alors que l´on a hypocritement affaibli les taureaux afin que leur mort soit assurée et que leurs bourreaux en sortent vainqueur aux yeux d´un public trompé. Tous ceux qui préparent les corridas comme tous ceux qui les exécutent sont des rétrogrades, des attardés de l´histoire humaine, des barbares sans conscience et surtout sans cœur qui ne pensent qu´à leur argent et leur petite gloriole d´un jour.

Et dire qu´il y a des milliers de gens qui vont les applaudir et les encourager, afin qu´ils torturent des animaux que l´on a intentionnellement privés de leurs défenses naturelles. C´est pourquoi il n´y a aucune gloire à tuer un taureau, mais bien au contraire de la cruauté et du sadisme doublés de profits éhontés et de mensonges déshonorants. Notre monde moderne sans Dieu est pire que les peuples barbares de l´Antiquité, qui immolaient leurs victimes pour, croyaient-ils, apaiser l´ire des dieux. Nos prétendus héros sont assoiffés de gloire humaine, et peu importe les souffrances, le sang versé, les tortures et la mort d´êtres innocents pourvu qu´ils remplissent leurs poches, eux et leurs complices qui ne valent pas plus cher et qui vivent du profit que leur procurent ceux qui fréquentent les arènes.

C´est pourquoi je demande à tous ceux qui liront ces lignes de boycotter les corridas, ou alors, considérez-vous comme des êtres qui valent moins que les animaux, parce que eux ne tuent que pour manger et jamais par cruauté ou sadisme. L´homme sans conscience est pire que les bêtes. Il fait ce qu´elles ne font pas et trouve dans l´absence de conscience – cette conscience ou raison qui devrait être la marque de sa supériorité – la raison de se comporter en brute et en abruti !

Voilà pourquoi ce long préambule : savez-vous comment on conditionne les taureaux que l´on destine à la corrida ? Sachez-le et tenez-en compte. Merci pour eux ! La torture des animaux commence avant la corrida elle-même, ils sont « préparés ». Le procédé est très simple et vise à mieux les faire mourir lentement afin que le torero et sa suite puissent l´abattre sauvagement. Savez-vous que l´on enduit de vaseline les yeux du taureau pour que sa vue soit diminuée et qu´il ne puisse pas se défendre avec toutes ses forces ? Il devient ainsi plus vulnérable et s´épuise plus vite à lutter. A cela s´ajoute du coton qu´on lui enfonce dans les narines et qui descend jusque dans la gorge, cela pour que sa respiration soit plus difficile.
Avant « d´entrer en scène », on lui assène des coups violents sur le dos avec des planches ou des sacs de sable pour l´épuiser avant le combat. Ces coups ne laissent aucune trace et le public n´en sait rien. Il est de tradition aussi d´enduire ses pattes avec de la térébenthine, ce qui a pour effet de l´exciter, car celle-ci le brûle. Souvent aussi, on lui introduit une aiguille cassée dans les parties génitales pour l´empêcher de « s´asseoir » ou de s´affaisser. On lui lime les cornes pour le rendre plus vulnérable au torero. Cela le désoriente car celles-ci sont faites pour qu´il se défende tout naturellement et il en est amoindri.

(…) Et que dire aussi des chevaux caparaçonnés dont on se sert pour « lutter » contre le taureau amoindri ? Ces pauvres chevaux de corridas si fidèles, si affectueux et si obéissants à l´homme – qui souvent abusent d´eux par intérêt ou par gloire éphémère – qui font parfois les « frais » de ce genre de spectacle. S´ils sont blessés ils sont immédiatement condamnés à être tués. Si, en effet, le cheval est encorné, on obstrue sa plaie béante avec des chiffons ou de la paille afin d´empêcher ses entrailles de s´en échapper. Il faut que le cheval « tienne » jusqu´à la fin de la « séance » comme un comédien irremplaçable. Le cheval est alors tué comme le taureau et on le déclare « valeureux » au combat (!).

(…) On ne peut pas se servir d´un animal comme d´une chose car l´animal a une âme et vit, il souffre et il aime.

(…) La seule vérité de ces spectacles horribles, c´est l´agonie dans la souffrance gratuite, c´est la torture volontaire et sadique infligée à un animal plein de vie et qui ne demandait qu´à être heureux et à vivre sa vie ; c´est l´expression d´une cruauté barbare appliquée à un être créé par Dieu.

(…) Il faut que tous ceux qui organisent de tels spectacles, comme ceux qui y participent, sachent toute cette souffrance et fassent qu´elle cesse en boycottant les corridas ! Malheureusement ce genre de spectacles cachent des intérêts économiques très importants, tellement vicieux, que ceux qui les organisent sont arrivés à faire subventionner cette barbarie au lieu de la supprimer.

Père Roger Pestre, Curé de Saint Paul, 13013 Marseille-France

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Les animaux ont-ils une âme ?

C´est la question que m´ont posée, à diverses reprises, ceux qui aiment nos amis à quatre pattes, et que l´on appelle, à tort, inférieurs, car souvent ils nous donnent des leçons de fidélité et d´affection, dont bon nombre d´hommes ne sont pas capables. Honnêtement je ne puis répondre à cette question de façon certaine, car elle est l´objet de débats passionnés de la part de ceux qui aiment ou n´aiment pas les animaux. Leurs arguments fourbis par les uns et par les autres ne sont pas convaincants. Cela est certain ! Par ailleurs, rien dans la Révélation de l´Ancien ou du Nouveau Testament ne nous permet de porter un jugement adéquat sur ce problème qui reste entier, en dépit de recherches dont il a été l´objet durant des siècles.

(…) L´Église a toujours pensé que les animaux avaient une âme, différente certes de la nôtre, mais une âme quand même : Animus : Principe de vie afférent au corps. Anima : Principe de vie supérieur qui doit normalement conduire à la participation à la grâce de Dieu, si elle est acceptée par l´homme, qui reste libre de la refuser, puis à la contemplation de la Trinité, dans l´éternité après la mort. Dans la Génèse (le premier livre de la Bible), si on lit le texte se rapportant à la Création, sans l´extrapoler, on voit que Dieu crée toute chose par plusieurs actes d´Amour successifs, l´un s´appliquant à la matière, l´autre à la vie animale en divers modèles. Pour l´homme, Dieu fait mieux et plus : il le crée « à son image et ressemblance vivantes ».

Mais nous trouvons, de fait, chez les animaux, toute une graduation de vie qui évolue vers un plus grand perfectionnement et une plus grande complexité physiologique, pour aboutir à l´homme qui est tiré du « néphech », de la terre comme les animaux, et qui après le péché d´orgueil et la condamnation par Dieu, y retournera par la mort naturelle. Il y a une certaine approche que nous allons retrouver dans les explications fournies par Saint Thomas d´Aquin dans sa Somme Théologique. Saint Thomas enseigne que l´homme possède trois facultés inférieures et trois facultés supérieures. Les facultés inférieures sont : la mémoire, l´imagination et la sensibilité. Les facultés supérieures sont : l´intelligence, la volonté et l´amour (images en nous de la Trinité, des Personnes divines).

Les animaux évolués, ceux que nous considérons comme tels, parce que nous en sommes plus près pour diverses raisons (pas toujours désintéressées), possèdent certainement les trois facultés inférieures : mémoire, imagination, sensibilité. Point n´est besoin de démonstration pour nous convaincre. Il n´y a qu´à regarder vivre mon chien ou mon chat, par exemple, ou tout autre animal qui nous est familier qui leur ressemble.

Les animaux sont comme des enfants à qui l´on donne des habitudes et qu´ils gardent toute leur vie car un chien est un enfant à vie. D´où nécessité d´y penser avant de prendre un chien chez soi. L´avantage par rapport aux enfants, c´est qu´ils restent enfant leur vie durant, et sont comme eux, sans arrière-pensée à notre égard. Leur dépendance comme leur fidélité sont de tous les instants, et ils en ont conscience. L´enfant s´émancipe, l´animal pas du tout. Il faut donc le savoir quand on adopte un chien, car il vous faudra l´assumer totalement et durant toute sa vie : nourriture, soins, etc.

Le chien possède-t-il les trois facultés supérieures ? Celles enseignées par Saint Thomas d´Aquin :intelligence, volonté, amour. L´intelligence. Elle existe chez le chien, mais elle n´est pas spéculative : Si vous conduisez votre chien à l´école, il n´y apprendra rien. Il ne peut pas, en effet, progresser dans aucune science. Il ne peut pas comprendre ce que vous enseignez aux enfants. Il a par contre un sens que l´homme a peut-être possédé et qu´il a perdu. Le chien sent et devine à distance ce que nous ne pouvons que supputer. Est-ce là une partie de l´intelligence ? Cela est possible, mais reste à démontrer. L´on dit souvent d´un chien qu´il ne lui manque que la parole. C´est vrai ! Mais ce langage des chiens que nous ne saisissons pas toujours, eux en comprennent le nôtre. J´ai constaté que, si je parle à mon chien devant lui, selon ce que je dis, il vient vers moi ou s´en va (s´il s´agit de soins à lui donner par exemple, et qu´il n´aime pas).

Je suis certain qu´un chien que l´on va exécuter le sent très fort et en a une certaine conscience : il souffre moralement. Regardez ses yeux : ils vous parlent. J´ai vu cette désolation dans les yeux d´une bergère allemande arrivée au dernier stade d´un cancer ouvert et qui pourrissait vivante. Je l´ai soignée comme mon enfant. Je l´ai faite endormir puis exécuter parce que les médicaments n´arrivaient plus à lui ôter la douleur et qu´elle ne pouvait pas guérir. Je lui ai pris la tête dans mes mains et je lui ai parlé jusqu´au bout. Elle me regardait confiante puis son âme s´est envolé vers Dieu, son créateur.
Je pose alors la question : pourquoi Dieu détruirait-il Sa création ? Pourquoi l´anéantirait-il après l´avoir faite si belle ? Ce n´est pas parce que je ne puis justifier l´existence de l´âme de mon chien qu´elle n´existe pas. Saint Paul a écrit que « toute la création gémit dans la douleur de l´enfantement ». Pourquoi gémir si ce n´est pour donner la vie ? Certes, Dieu seul peut combler le cœur de l´homme. Y a t il un inconvénient d´y joindre mon chien ? Dieu en a fait le compagnon de ma vie, mais l´a aussi créé pour Sa gloire. Dieu peut-il porter atteinte à cette Gloire et me priver de l´amour de mon chien et lui du mien ? L´homme seul a la possibilité de la lui refuser. Le Psalmiste nous dit que « tout être créé le chante sans fausses notes et sans interruption » pourquoi pas éternellement ?

Je ne sais si certains théologiens partageront mon point de vue, mais aucun à ma connaissance, et jusqu´à ce jour, n´a pu expliquer ce problème. A ceux qui auraient quelque idée là-dessus de le faire connaître. J´en profite pour ajouter, à l´adresse de certains détracteurs qui prétendent que, si l´on s´occupe des animaux, il n´y a plus de place, sans son cœur, pour les hommes et la misère humaine. Je crois pouvoir dire que ceux qui n´aiment pas les animaux, moins que d´autres encore, n´aiment leurs semblables. Ils ne s´aiment qu´eux-mêmes. L´amour, en effet, n´a pas de frontière. Il n´a pas non plus de limite. Dans sa première épître Saint Jean écrit que « Dieu, c´est l´Amour ». Et nous savons que Dieu est éternel et infini. C´est pourquoi l´amour de l´homme doit être la vivante image de celui de Dieu. Il inclut donc en lui, obligatoirement, celui de toute la création et donc de comprendre aussi mon chien et mon chat. Si je mesurais mon amour, en effet, c´est que je n´aimerais pas. Et ce reproche ne serait que la manifestation camouflée de mon égoïsme.

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L'AME DES BETES

Serge Lifar : Entretien avec Marc Schweizer (1979)

Au cours de veillées alternant souvenirs et musique, Serge Lifar (1905-1986), l'un des plus grands danseurs du XXe siècle, contait quelques épisodes bouleversants de sa vie, particulièrement ceux de son enfance ukrainienne durant la révolution d'Octobre et la guerre civile qui s'en suivit. Comme la plupart des Russes que j'ai connus, Serge Lifar croyait aux "signes" et aux "rencontres". Il était persuadé que l'esprit domine la matière.

Mon grand-père après avoir spolié d'une grande partie de ses biens mon grand-père, riche propriétaire terrien adoré par ses fermiers, les bolcheviks l'enfermèrent durant un mois dans un cachot sinistre.

Il y vécut comme une bête, dans le noir et l'humidité, s'alimentant d'eau croupie et de pain sec. Lorsqu'il en sortit, il demeura aveugle durant plusieurs jours. Ma mère et moi nous le ramenâmes à la maison; ma famille eut de la peine à le reconnaître : parti fort et droit comme un chêne, l'aïeul n'était plus qu'un vieillard brisé.

Quand nous lui demandions comment c'était là-bas, il ne répondait rien, mais des larmes coulaient le long de ses joues desséchées. Sa vigueur était pourtant si grande que cette terrible épreuve ne parvint pas à le terrasser, et il retrouva bientôt toutes ses forces.

Pour montrer leur puissance, les Soviets organisaient des parades sur la place Rouge de Kiev (les places principales de toutes les villes russes avaient été baptisées «place Rouge»). Un jour grand père m'invita à l'accompagner à une de ces parades, non pas pour rendre les honneurs à nos bourreaux, mais pour revoir les chevaux qu'ils avaient volés aux propriétaires du pays.

Des rangs entiers de soldats vêtus de longues houppelandes grises, coiffés de casques en cuir bouilli où brillait une grande étoile rouge, se tenaient immobiles. Les gardes à cheval étaient rangés en colonnes. J'admirais les bêtes, toutes plus belles les unes que les autres. Je m'y connaissais en chevaux, car dans son haras, grande père élevait des bêtes superbes, des purs sangs du Don, des anglo-arabes rapides, des hunters puissants.

L'officier qui commandait l'escadron montait précisément un hunter. La bête, visiblement bien nourrie avec l'avoine de son ancien maître, se montrait nerveuse, piaffait, se cabrait légèrement sous la pression de son cavalier, frappait le pavé de son sabot.
Mon grand père poussa une exclamation de surprise.
Nous étions tout près de cette statue équestre; je voyais le blanc des yeux et les narines humides du hunter.

Tout à coup, mon grand père poussa une exclamation de surprise et fit quelques pas en avant; son visage exprima la joie, puis son sourire heureux se figea en une expression de douloureuse tristesse.
Le hunter poussa un hennissement si violent que cavaliers et spectateurs en furent effrayés. Puis, avec une force étonnante, désarçonnant à demi son cavalier, renversant plusieurs soldats sur son passage, il se rua vers nous: il avait reconnu grande père et il exprimait à sa façon sa joie de revoir son ancien maître et sa rancune contre son nouveau possesseur.

Un signe qui troubla profondément ma mère.
Quelques jours après se produisit dans notre maison un signe qui troubla profondément ma mère. Elle était assise dans sa chambre, lorsqu'un bruit insolite attira son attention. Elle leva les yeux et vit une colombe qui brisait la vitre en la frappant vigoureusement de sa poitrine argentée et de son bec.
La colombe traversa la chambre d'un vol rapide et se posa sur une grande icône de la Vierge. La sainte image tomba avec fracas sans que le verre ne se brise.

- C'est un message de Dieu, murmura ma mère; est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?
Le lendemain nous apprîmes qu'une bande de pillards en armes avait envahi la propriété où ma grand-mère était demeurée; les paysans avaient eu beau sonner le tocsin, et saisir leurs fourches et leurs pelles pour courir au secours d'une maîtresse qu'ils aimaient tous, les bandits les avaient vite dispersés avec leurs revolvers et leurs grenades, et s'étant introduits dans la maison, avaient assassiné ma grand'mère et tout pillé de fond en comble.

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L'amour des animaux
(de Charles Wackenheim, Prêtre théologien, paru dans le Journal La Croix. Libre Opinion)

Par l´amour qu´ils inspirent et par la fidélité dont ils font preuve, les animaux domestiques enseignent aux hommes des vertus qui leur manquent trop souvent.

Diane, ma chienne est morte. Doucement, discrètement, sans vouloir déranger. Comme elle était venue il y a onze ans. Le vétérinaire venait de découvrir un mal sournois, qui, si l´animal avait vécu plus longtemps, lui aurait probablement imposé un terrible calvaire.

Les animaux ont-ils une âme ? Peut-on les dire immortels ? La promesse d´une résurrection et d´une nouvelle création les concerne-t-elle au même titre que les humains ? Certes, la Bible place l´homme au centre et au sommet de l´univers, mais c´est pour confier au genre humain la gérance responsable de la création. L´homme ne mérite sa position privilégiée que dans la mesure où il exerce cette mission qui l´associe au Créateur et que le poème de la création applique au monde animal au point d´exclure les bêtes de l´alimentation humaine (Gn 1 ,29).

La mort d´un animal domestique, et le travail de deuil qui en découle pour l´homme, confère à la grande fresque biblique un contenu saisissant. Pour ma part, je me suis efforcé d´offrir à Diane une existence libre et heureuse. L´équité et la gratitude me poussent à dire aujourd´hui tout ce que je dois à cette partenaire que j´avais accueillie d´emblée comme un don de Dieu et dont je crois qu´elle est à jamais dans la main paternelle du Créateur.

«Partenaire», car j´ai fait avec cette bête l´expérience d´une authentique vie relationnelle. Relation par trop inégale ? Il me semble, au contraire, qu´une telle attitude nous dispose à prêter attention à l´autre, à le servir le premier, à tenir compte de ses difficultés et à pratiquer un partage désintéressé. Diane, en tout cas, me considérait, moi, comme une personne. Elle venait me dire bonjour tous les matins et elle se levait pour me saluer chaque fois que je rentrais à la maison. Ses émotions et ses sentiments s´affichaient sans la moindre duplicité. En vrai berger allemand, elle vouait à son maître un attachement jaloux. L´œil et l´oreille sans cesse aux aguets. D´humeur toujours égale (ce qui n´est pas mon cas), elle ignorait la rancune et le ressentiment.

Je me disais souvent que si les relations entre humains réunissaient l´ensemble (ou une partie seulement) de ces qualités, les problèmes dans lesquels nous nous débattons seraient sans doute moins désespérants. Quant à la résurrection des morts, à laquelle nous croyons en tant que chrétiens, peut-on la concevoir autrement qu´en termes relationnels ? Comment ne pas espérer que les animaux qui auront contribué à façonner notre tissu relationnel auront part eux aussi, et à leur manière, au sort qui nous est promis ?

Par la brièveté même de sa vie, l´animal nous rappelle tous les jours notre condition mortelle et la fragilité – en même temps que le prix – de tout ce qui vit. Il remet chacun à la place que lui assigne l´ordre de la création : moi, un individu parmi des milliards d´autres, mammifère au milieu d´innombrables familles de vivants, jetés dans un univers énigmatique. Espiègle, joueur, infatigable, il dégonfle bien des baudruches et réussit à dérider les visages les plus sombres. Une mystérieuse complicité lie ainsi les animaux aux enfants.

En langage franciscain, Diane m´est toujours apparue comme une petite sœur qui attendait beaucoup de son frère mais qui, mine de rien, lui enseignait en retour des vertus aussi fondamentales que la patience, la fidélité et l´espérance.

Durant onze longues années, ma chienne fut un modèle de patience. Elle a même passé le plus clair de son temps à m´attendre. Qui d´entre nous est capable d´attendre avec une telle constance l´arrivée d´un être cher, la conversion d´un ami égaré ou la lente maturation d´une décision importante ? Qui dit patience dit fidélité. Celle des chiens ne nous renvoie-elle pas à notre propre difficulté à établir une relation fidèle ?

Par-dessus tout, je rends grâce à Dieu, d´avoir, en compagnie de Diane, mieux compris ce qu´est l´espérance. L´affection et le dévouement d´une bête nous autorisent à espérer que les hommes cesseront enfin d´exploiter, de maltraiter et de torturer les animaux ; espérer que nous reconnaîtrons de mieux en mieux dans la riche diversité du monde animal un message de générosité et de paix de la part du Créateur ; espérer que les générations à venir sauront respecter en vérité le superbe jardin que Dieu nous confie et subordonner la loi « naturelle » du prédateur à la dynamique divino-humaine de la charité.

La création est une, et la fabuleuse aventure de la vie rend tous les vivants solidaires les uns des autres. Pour le meilleur et pour le pire. Y a-t-il démarche plus humanisante que celle d´une bête qui, dépourvue de tous les instruments de l´avoir et du pouvoir, réussit à rappeler à des humains leur vocation la plus haute ? Tout au long de sa vie, et jusqu´aux portes de la mort, Diane a témoigné d´une simplicité, d´une dignité, voire d´une élégance que beaucoup d´entre nous pourraient lui envier. Ce n´est donc pas la tristesse qui m´envahit au lendemain de son départ. Le vide qu´elle laisse appelle la reconnaissance et l´émerveillement. Il stimule la ferme volonté d´œuvrer pour que fructifie les trésors de tendresse et de compassion déposés par Dieu dans le cœur de ses créatures, à commencer par les plus humbles.

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