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Discours
du Prof. Debrot, Président de la SVPA,
à l’occasion du 4 octobre 2002, fête
de la St François d’Assise
«
La Société Vaudoise pour la Protection des
Animaux (SVPA) remercie chaleureusement la paroisse de
Montreux pour son invitation et son accueil à la
journée de bonté envers les animaux, organisée
par Monsieur l’abbé Olivier Jelen, pour marquer
la fête de Saint-François d’Assise.
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François,
fils d’un riche marchand, rompit avec sa famille
et se fit ermite puis prédicateur itinérant,
faisant œuvre de pauvreté. Il fonda
l’ordre des franciscains, des frères
mendiants. Toujours en extase spirituelle, porteur
de stigmates, victime de privations volontaires,
il mourut à 42 ans. Il est vénéré
par les amis des animaux pour deux épisodes
de son existence.
Premièrement
: la journée des oiseaux. Etant passé
à Alviano, il adressa quelques exhortations
à la foule, mais les oiseaux remplissaient
si bien l’air de leurs chants qu’il
ne pouvait se faire entendre.
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«
Il est temps que je parle à mon tour »
leur dit-il. « Ecoutez
la parole de Dieu, gardez le silence et tenez-vous bien
tranquilles jusqu’à ce que j’ai terminé.
» Et les oiseaux se turent pour
l’écouter.
Deuxièmement
: un grand loup dévorait les bestiaux et s’attaquait
aux humains. Dans le village, personne n’osait plus
sortir de chez soi, le soir venu. François décida
d’aller parlementer avec le fauve. On essaya de
le décourager en lui montrant à quel point
l’animal était dangereux. Mais il n’écouta
pas les conseils. La nuit venue, il sortit du village.
Le loup apparut et bondit vers le moine. «
Frère loup », lui dit alors
François sans s’émouvoir , «
je t’ordonne au nom du christ de ne faire de mal
à personne désormais. »
Il prononçait ces paroles de sa voix douce et monotone.
Le loup, habitué aux cris des villageois, écoutait.
Alors tous les habitants virent avec stupeur François
étendre la main vers le loup. Sans cesser de lui
parler, il marcha peu à peu vers lui. Celui-ci,
d’abord immobile, se mit à reculer, puis
il fit demi-tour et disparut à jamais. La douceur
et le calme venaient de triompher de la violence instinctive
de l’animal.
St
François d’Assise parlait aux oiseaux, aux
bêtes et aux humains, ce sont ces derniers qui l’écoutèrent
le moins. Saint François d’Assise constitue
une exception dans l’histoire de l’Eglise.
En effet, la règle de l’ordre des franciscains
ne mentionne à aucune place les animaux. Il fallut
attendre près de 2000 ans pour que l’Eglise
prenne en considération les animaux. Le XIX è
siècle a marqué le début d’une
évolution. Libération des esclaves, libération
de la femme, puis protection de l’enfance et des
handicapés, et aussi protection des animaux. 1831,
première société protectrice des
animaux en Angleterre. 1861, fondation de la SVPA . 1876,
première loi cantonale sur la protection des animaux
dans le canton de Vaud. Actuellement, nous possédons
une loi fédérale sur la protection des animaux.
Les idées sociales des chrétiens ont beaucoup
contribué à l’amélioration
du respect à l’égard des animaux .
Un orateur religieux du début du XXè siècle
s’écriait : «
Vous n’êtes pas chrétiens si votre
chien ou votre chat ont encore peur de votre main ou de
votre pied. » Nous avons certes
évolué, mais nous ne sommes pas chrétiens
si nous ne nous soucions pas d’améliorer
l’existence des animaux exploités par l’homme,
exploités pour leur viande, exploités pour
leur peau et leur fourrure, exploités pour servir
d’objets d’expérimentations dans les
laboratoires, etc. Le Christ a ouvert une nouvelle époque
: « On vous a dit
œil pour œil, dent pour dent, mais moi je vous
dis aimez . » L’apôtre
Paul écrivait il y a bientôt 2000 ans : «
La création attend ardemment la manifestation des
enfants de Dieu. » Elle attend…
les animaux attendent ; ne serait-ce pas aujourd’hui
l’occasion pour les chrétiens de se manifester
? Non pas pour un seul jour, le 4 octobre, mais pour tous
les jours de l’année.
Trouvez-vous
normal, acceptable, que l’on doive recueillir, à
notre refuge de Sainte-, plus de 4500 animaux par année,
abandonnés ou dont les propriétaires veulent
se défaire pour des motifs souvent égoïstes
et futiles, trompant ainsi la fidélité et
l’attachement d’un animal ? Pourquoi est-il
nécessaire que la SVPA ait un inspectorat pour
déceler les mauvais traitement envers les animaux
? Pourquoi faut-il une loi sur la protection des animaux
qu’il s’agit de faire respecter ? Parce que
la manifestation des chrétiens envers les animaux
n’est pas encore suffisante.
Deux
journées comme celles-ci sont réconfortantes
: il est merveilleux de constater cet élan en faveur
des animaux. Puisse-t-il être durable. »
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Crédit photo : FLAC
Propos
du Père Preste sur les corridas
(…) N´allez
plus vous repaître de sang, de souffrances et de
mort dans les diverses corridas, n´allez plus applaudir
ces toreros en habits chamarrés qui font semblant
de dominer plus fort qu´eux alors
que l´on a hypocritement affaibli les taureaux afin
que leur mort soit assurée et que leurs bourreaux
en sortent vainqueur aux yeux d´un public trompé.
Tous ceux qui préparent les
corridas comme tous ceux qui les exécutent sont
des rétrogrades, des attardés de l´histoire
humaine, des barbares sans conscience et surtout sans
cœur qui ne pensent qu´à leur argent
et leur petite gloriole d´un jour.
Et
dire qu´il y a des milliers de gens qui vont les
applaudir et les encourager, afin qu´ils torturent
des animaux que l´on a intentionnellement privés
de leurs défenses naturelles. C´est pourquoi
il n´y a aucune gloire à tuer un taureau,
mais bien au contraire de la cruauté et du sadisme
doublés de profits éhontés et de
mensonges déshonorants. Notre monde moderne sans
Dieu est pire que les peuples barbares de l´Antiquité,
qui immolaient leurs victimes pour, croyaient-ils, apaiser
l´ire des dieux. Nos prétendus héros
sont assoiffés de gloire humaine, et peu importe
les souffrances, le sang versé, les tortures et
la mort d´êtres innocents pourvu qu´ils
remplissent leurs poches, eux et leurs complices qui ne
valent pas plus cher et qui vivent du profit que leur
procurent ceux qui fréquentent les arènes.
C´est
pourquoi je demande à tous ceux qui liront ces
lignes de boycotter les corridas, ou alors, considérez-vous
comme des êtres qui valent moins que les animaux,
parce que eux ne tuent que pour manger et jamais par cruauté
ou sadisme. L´homme sans conscience est pire que
les bêtes. Il fait ce qu´elles ne font pas
et trouve dans l´absence de conscience – cette
conscience ou raison qui devrait être la marque
de sa supériorité – la raison de se
comporter en brute et en abruti !
Voilà
pourquoi ce long préambule :
savez-vous comment on conditionne
les taureaux que l´on destine à la corrida
? Sachez-le et tenez-en compte. Merci pour eux ! La torture
des animaux commence avant la corrida elle-même,
ils sont « préparés ». Le procédé
est très simple et vise à mieux les faire
mourir lentement afin que le torero et sa suite puissent
l´abattre sauvagement. Savez-vous que l´on
enduit de vaseline les yeux du taureau pour que sa vue
soit diminuée et qu´il ne puisse pas se défendre
avec toutes ses forces ? Il devient ainsi plus vulnérable
et s´épuise plus vite à lutter. A
cela s´ajoute du coton qu´on lui enfonce dans
les narines et qui descend jusque dans la gorge, cela
pour que sa respiration soit plus difficile.
Avant « d´entrer en scène »,
on lui assène des coups violents sur le dos avec
des planches ou des sacs de sable pour l´épuiser
avant le combat. Ces coups ne laissent aucune trace et
le public n´en sait rien. Il est de tradition aussi
d´enduire ses pattes avec de la térébenthine,
ce qui a pour effet de l´exciter, car celle-ci le
brûle. Souvent aussi, on lui introduit une aiguille
cassée dans les parties génitales pour l´empêcher
de « s´asseoir » ou de s´affaisser.
On lui lime les cornes pour le rendre plus vulnérable
au torero. Cela le désoriente car celles-ci sont
faites pour qu´il se défende tout naturellement
et il en est amoindri.
(…)
Et que dire aussi des chevaux caparaçonnés
dont on se sert pour « lutter » contre le
taureau amoindri ? Ces pauvres chevaux de corridas si
fidèles, si affectueux et si obéissants
à l´homme – qui souvent abusent d´eux
par intérêt ou par gloire éphémère
– qui font parfois les « frais » de
ce genre de spectacle. S´ils sont blessés
ils sont immédiatement condamnés à
être tués. Si, en effet, le cheval est encorné,
on obstrue sa plaie béante avec des chiffons ou
de la paille afin d´empêcher ses entrailles
de s´en échapper. Il faut que le cheval «
tienne » jusqu´à la fin de la «
séance » comme un comédien irremplaçable.
Le cheval est alors tué comme le taureau et on
le déclare « valeureux » au combat
(!).
(…)
On ne peut pas se servir d´un animal comme d´une
chose car l´animal a une âme et vit, il souffre
et il aime.
(…)
La seule vérité de ces spectacles horribles,
c´est l´agonie dans la souffrance gratuite,
c´est la torture volontaire et sadique infligée
à un animal plein de vie et qui ne demandait qu´à
être heureux et à vivre sa vie ; c´est
l´expression d´une cruauté barbare
appliquée à un être créé
par Dieu.
(…)
Il faut que tous ceux qui organisent de tels spectacles,
comme ceux qui y participent, sachent toute cette souffrance
et fassent qu´elle cesse en boycottant les corridas
! Malheureusement ce genre de spectacles
cachent des intérêts économiques très
importants, tellement vicieux, que ceux qui les organisent
sont arrivés à faire subventionner cette
barbarie au lieu de la supprimer.
Père
Roger Pestre, Curé de Saint Paul, 13013 Marseille-France
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| Les
animaux ont-ils une âme ? |
 |
C´est
la question que m´ont posée, à diverses
reprises, ceux qui aiment nos amis à quatre pattes,
et que l´on appelle, à
tort, inférieurs, car souvent ils
nous donnent des leçons de
fidélité et d´affection, dont bon
nombre d´hommes ne sont pas capables.
Honnêtement je ne puis répondre à
cette question de façon certaine, car elle est
l´objet de débats passionnés de la
part de ceux qui aiment ou n´aiment pas les animaux.
Leurs arguments fourbis par les uns et par les autres
ne sont pas convaincants. Cela est certain ! Par ailleurs,
rien dans la Révélation de l´Ancien
ou du Nouveau Testament ne nous permet de porter un jugement
adéquat sur ce problème qui reste entier,
en dépit de recherches dont il a été
l´objet durant des siècles.
(…)
L´Église a toujours pensé que les
animaux avaient une âme, différente certes
de la nôtre, mais une âme quand même
: Animus : Principe de vie afférent au corps. Anima
: Principe de vie supérieur qui doit normalement
conduire à la participation à la grâce
de Dieu, si elle est acceptée par l´homme,
qui reste libre de la refuser, puis à la contemplation
de la Trinité, dans l´éternité
après la mort. Dans la Génèse (le
premier livre de la Bible), si on lit le texte se rapportant
à la Création, sans l´extrapoler,
on voit que Dieu crée toute chose par plusieurs
actes d´Amour successifs, l´un
s´appliquant à la matière, l´autre
à la vie animale en divers modèles. Pour
l´homme, Dieu fait mieux et plus : il le crée
« à son image et ressemblance vivantes ».
Mais nous trouvons, de fait, chez les animaux, toute une
graduation de vie qui évolue vers un plus grand
perfectionnement et une plus grande complexité
physiologique, pour aboutir à l´homme qui
est tiré du « néphech », de
la terre comme les animaux, et qui après le péché
d´orgueil et la condamnation par Dieu, y retournera
par la mort naturelle. Il y a une certaine approche que
nous allons retrouver dans les explications fournies par
Saint Thomas d´Aquin dans sa Somme Théologique.
Saint Thomas enseigne que l´homme possède
trois facultés inférieures et trois facultés
supérieures. Les facultés inférieures
sont : la mémoire, l´imagination et la sensibilité.
Les facultés supérieures sont : l´intelligence,
la volonté et l´amour (images en nous de
la Trinité, des Personnes divines).
Les animaux évolués, ceux que nous considérons
comme tels, parce que nous en sommes plus près
pour diverses raisons (pas toujours désintéressées),
possèdent certainement les trois facultés
inférieures : mémoire, imagination, sensibilité.
Point n´est besoin de démonstration pour
nous convaincre. Il n´y a qu´à regarder
vivre mon chien ou mon chat, par exemple, ou tout autre
animal qui nous est familier qui leur ressemble.
Les
animaux sont comme des enfants à qui l´on
donne des habitudes et qu´ils gardent toute leur
vie car un chien est un enfant à vie. D´où
nécessité d´y penser avant de prendre
un chien chez soi. L´avantage par rapport aux enfants,
c´est qu´ils restent enfant leur vie durant,
et sont comme eux, sans arrière-pensée
à notre égard. Leur dépendance comme
leur fidélité sont de tous les instants,
et ils en ont conscience. L´enfant s´émancipe,
l´animal pas du tout. Il faut donc le savoir quand
on adopte un chien, car il vous faudra l´assumer
totalement et durant toute sa vie : nourriture, soins,
etc.
Le
chien possède-t-il les trois facultés supérieures
? Celles enseignées par Saint Thomas d´Aquin
:intelligence, volonté, amour. L´intelligence.
Elle existe chez le chien, mais elle n´est pas spéculative
: Si vous conduisez votre chien à l´école,
il n´y apprendra rien. Il ne peut pas, en effet,
progresser dans aucune science. Il ne peut pas comprendre
ce que vous enseignez aux enfants. Il a par contre un
sens que l´homme a peut-être possédé
et qu´il a perdu. Le chien sent et devine à
distance ce que nous ne pouvons que supputer. Est-ce là
une partie de l´intelligence ? Cela est possible,
mais reste à démontrer. L´on dit souvent
d´un chien qu´il ne lui manque que la parole.
C´est vrai ! Mais ce langage des chiens que nous
ne saisissons pas toujours, eux en comprennent le nôtre.
J´ai constaté que, si je parle à mon
chien devant lui, selon ce que je dis, il vient vers moi
ou s´en va (s´il s´agit de soins à
lui donner par exemple, et qu´il n´aime pas).
Je
suis certain qu´un chien que l´on va exécuter
le sent très fort et en a une certaine conscience
: il souffre moralement. Regardez ses yeux : ils vous
parlent. J´ai vu cette désolation dans les
yeux d´une bergère allemande arrivée
au dernier stade d´un cancer ouvert et qui pourrissait
vivante. Je l´ai soignée comme mon enfant.
Je l´ai faite endormir puis exécuter parce
que les médicaments n´arrivaient plus à
lui ôter la douleur et qu´elle ne pouvait
pas guérir. Je lui ai pris la tête dans mes
mains et je lui ai parlé jusqu´au bout. Elle
me regardait confiante puis son âme s´est
envolé vers Dieu, son créateur.
Je pose alors la question : pourquoi Dieu détruirait-il
Sa création ? Pourquoi l´anéantirait-il
après l´avoir faite si belle ? Ce n´est
pas parce que je ne puis justifier l´existence de
l´âme de mon chien qu´elle n´existe
pas. Saint Paul a écrit que « toute la création
gémit dans la douleur de l´enfantement ».
Pourquoi gémir si ce n´est pour donner la
vie ? Certes, Dieu seul peut combler le cœur de l´homme.
Y a t il un inconvénient d´y joindre mon
chien ? Dieu en a fait le compagnon de ma vie, mais l´a
aussi créé pour Sa gloire. Dieu peut-il
porter atteinte à cette Gloire et me priver de
l´amour de mon chien et lui du mien ? L´homme
seul a la possibilité de la lui refuser. Le Psalmiste
nous dit que « tout être créé
le chante sans fausses notes et sans interruption »
pourquoi pas éternellement ?
Je ne sais si certains théologiens partageront
mon point de vue, mais aucun à ma connaissance,
et jusqu´à ce jour, n´a pu expliquer
ce problème. A ceux qui auraient quelque idée
là-dessus de le faire connaître. J´en
profite pour ajouter, à l´adresse de certains
détracteurs qui prétendent que, si l´on
s´occupe des animaux, il n´y a plus de place,
sans son cœur, pour les hommes et la misère
humaine. Je crois pouvoir
dire que ceux qui n´aiment pas les animaux, moins
que d´autres encore, n´aiment leurs semblables.
Ils ne s´aiment qu´eux-mêmes.
L´amour, en effet, n´a pas de frontière.
Il n´a pas non plus de limite. Dans sa première
épître Saint Jean écrit que «
Dieu, c´est l´Amour ». Et nous savons
que Dieu est éternel et infini. C´est pourquoi
l´amour de l´homme doit être la vivante
image de celui de Dieu. Il inclut donc en lui, obligatoirement,
celui de toute la création et donc de comprendre
aussi mon chien et mon chat. Si je mesurais mon amour,
en effet, c´est que je n´aimerais pas. Et
ce reproche ne serait que la manifestation camouflée
de mon égoïsme.
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L'AME
DES BETES

Serge
Lifar : Entretien avec Marc Schweizer (1979)
Au
cours de veillées alternant souvenirs et musique,
Serge Lifar (1905-1986), l'un des plus grands danseurs
du XXe siècle, contait quelques épisodes
bouleversants de sa vie, particulièrement ceux
de son enfance ukrainienne durant la révolution
d'Octobre et la guerre civile qui s'en suivit. Comme la
plupart des Russes que j'ai connus, Serge Lifar croyait
aux "signes" et aux "rencontres".
Il était persuadé que l'esprit domine la
matière.
Mon
grand-père après avoir spolié d'une
grande partie de ses biens mon grand-père, riche
propriétaire terrien adoré par ses fermiers,
les bolcheviks l'enfermèrent durant un mois dans
un cachot sinistre.
Il
y vécut comme une bête, dans le noir et l'humidité,
s'alimentant d'eau croupie et de pain sec. Lorsqu'il en
sortit, il demeura aveugle durant plusieurs jours. Ma
mère et moi nous le ramenâmes à la
maison; ma famille eut de la peine à le reconnaître
: parti fort et droit comme un chêne, l'aïeul
n'était plus qu'un vieillard brisé.
Quand
nous lui demandions comment c'était là-bas,
il ne répondait rien, mais des larmes coulaient
le long de ses joues desséchées. Sa vigueur
était pourtant si grande que cette terrible épreuve
ne parvint pas à le terrasser, et il retrouva bientôt
toutes ses forces.
Pour
montrer leur puissance, les Soviets organisaient des parades
sur la place Rouge de Kiev (les places principales de
toutes les villes russes avaient été baptisées
«place Rouge»). Un jour grand père
m'invita à l'accompagner à une de ces parades,
non pas pour rendre les honneurs à nos bourreaux,
mais pour revoir les chevaux qu'ils avaient volés
aux propriétaires du pays.
Des
rangs entiers de soldats vêtus de longues houppelandes
grises, coiffés de casques en cuir bouilli où
brillait une grande étoile rouge, se tenaient immobiles.
Les gardes à cheval étaient rangés
en colonnes. J'admirais les bêtes, toutes plus belles
les unes que les autres. Je m'y connaissais en chevaux,
car dans son haras, grande père élevait
des bêtes superbes, des purs sangs du Don, des anglo-arabes
rapides, des hunters puissants.
L'officier
qui commandait l'escadron montait précisément
un hunter. La bête, visiblement
bien nourrie avec l'avoine de son ancien maître,
se montrait nerveuse, piaffait, se cabrait légèrement
sous la pression de son cavalier, frappait le pavé
de son sabot.
Mon grand père poussa une
exclamation de surprise.
Nous étions tout près de cette statue équestre;
je voyais le blanc des yeux et les narines humides du
hunter.
Tout à coup, mon grand père
poussa une exclamation de surprise et fit quelques pas
en avant; son visage exprima la joie, puis son sourire
heureux se figea en une expression de douloureuse tristesse.
Le hunter poussa un hennissement
si violent que cavaliers et spectateurs en furent effrayés.
Puis, avec une force étonnante, désarçonnant
à demi son cavalier, renversant plusieurs soldats
sur son passage, il se rua vers nous: il avait reconnu
grande père et il exprimait à sa façon
sa joie de revoir son ancien maître et sa rancune
contre son nouveau possesseur.
Un
signe qui troubla profondément ma mère.
Quelques jours après se produisit dans notre maison
un signe qui troubla profondément ma mère.
Elle était assise dans sa chambre, lorsqu'un bruit
insolite attira son attention. Elle
leva les yeux et vit une colombe qui brisait la vitre
en la frappant vigoureusement de sa poitrine argentée
et de son bec.
La colombe traversa la chambre d'un vol rapide et se posa
sur une grande icône de la Vierge. La sainte image
tomba avec fracas sans que le verre ne se brise.
- C'est un message de Dieu,
murmura ma mère; est-ce une bonne ou une mauvaise
nouvelle?
Le lendemain nous apprîmes
qu'une bande de pillards en armes avait envahi la propriété
où ma grand-mère était demeurée;
les paysans avaient eu beau sonner le tocsin, et saisir
leurs fourches et leurs pelles pour courir au secours
d'une maîtresse qu'ils aimaient tous, les bandits
les avaient vite dispersés avec leurs revolvers
et leurs grenades, et s'étant introduits dans la
maison, avaient assassiné ma grand'mère
et tout pillé de fond en comble.

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L'amour
des animaux
(de
Charles Wackenheim, Prêtre théologien,
paru dans le Journal La Croix. Libre Opinion)
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Par
l´amour qu´ils inspirent et par la fidélité
dont ils font preuve, les animaux
domestiques enseignent aux hommes des vertus qui leur
manquent trop souvent.
Diane, ma chienne est morte. Doucement, discrètement,
sans vouloir déranger. Comme elle était
venue il y a onze ans. Le vétérinaire venait
de découvrir un mal sournois, qui, si l´animal
avait vécu plus longtemps, lui aurait probablement
imposé un terrible calvaire.
Les animaux ont-ils une âme ? Peut-on les dire immortels
? La promesse d´une résurrection et d´une
nouvelle création les concerne-t-elle au même
titre que les humains ? Certes, la Bible place l´homme
au centre et au sommet de l´univers, mais c´est
pour confier au genre humain la gérance responsable
de la création. L´homme
ne mérite sa position privilégiée
que dans la mesure où il exerce cette mission qui
l´associe au Créateur et que le poème
de la création applique au monde animal au point
d´exclure les bêtes de l´alimentation
humaine (Gn 1 ,29).
La mort d´un animal domestique, et le travail de
deuil qui en découle pour l´homme, confère
à la grande fresque biblique un contenu saisissant.
Pour ma part, je me suis efforcé d´offrir
à Diane une existence libre et heureuse. L´équité
et la gratitude me poussent à dire aujourd´hui
tout ce que je dois à cette partenaire que j´avais
accueillie d´emblée comme
un don de Dieu et dont je crois qu´elle est à
jamais dans la main paternelle du Créateur.
«Partenaire»,
car j´ai fait avec cette bête l´expérience
d´une authentique vie relationnelle. Relation par
trop inégale ? Il me semble, au contraire, qu´une
telle attitude nous dispose à prêter attention
à l´autre, à le servir le premier,
à tenir compte de ses difficultés et à
pratiquer un partage désintéressé.
Diane, en tout cas, me considérait, moi, comme
une personne. Elle venait me dire bonjour tous les matins
et elle se levait pour me saluer chaque fois que je rentrais
à la maison. Ses émotions et ses sentiments
s´affichaient sans la moindre duplicité.
En vrai berger allemand, elle vouait à son maître
un attachement jaloux. L´œil et l´oreille
sans cesse aux aguets. D´humeur toujours égale
(ce qui n´est pas mon cas), elle
ignorait la rancune et le ressentiment.
Je me disais souvent que si
les relations entre humains réunissaient l´ensemble
(ou une partie seulement) de ces qualités, les
problèmes dans lesquels nous nous débattons
seraient sans doute moins désespérants.
Quant à la résurrection des morts, à
laquelle nous croyons en tant que chrétiens, peut-on
la concevoir autrement qu´en termes relationnels
? Comment ne pas espérer que les animaux qui auront
contribué à façonner notre tissu
relationnel auront part eux aussi, et à leur manière,
au sort qui nous est promis ?
Par la brièveté même de sa vie, l´animal
nous rappelle tous les jours notre condition mortelle
et la fragilité – en même temps que
le prix – de tout ce qui vit. Il
remet chacun à la place que lui assigne l´ordre
de la création : moi, un individu
parmi des milliards d´autres, mammifère au
milieu d´innombrables familles de vivants, jetés
dans un univers énigmatique. Espiègle, joueur,
infatigable, il dégonfle bien des baudruches et
réussit à dérider les visages les
plus sombres. Une mystérieuse
complicité lie ainsi les animaux aux enfants.
En
langage franciscain,
Diane m´est toujours apparue comme une petite sœur
qui attendait beaucoup de son frère mais qui, mine
de rien, lui enseignait en retour des vertus aussi fondamentales
que la patience, la fidélité et l´espérance.
Durant onze longues années, ma chienne fut un modèle
de patience. Elle a même passé le plus clair
de son temps à m´attendre. Qui d´entre
nous est capable d´attendre avec une telle constance
l´arrivée d´un être cher, la
conversion d´un ami égaré ou la lente
maturation d´une décision importante ? Qui
dit patience dit fidélité. Celle des chiens
ne nous renvoie-elle pas à notre propre difficulté
à établir une relation fidèle ?
Par-dessus tout, je rends
grâce à Dieu, d´avoir,
en compagnie de Diane, mieux compris ce qu´est l´espérance.
L´affection et le dévouement
d´une bête nous autorisent à espérer
que les hommes cesseront enfin d´exploiter,
de maltraiter et de torturer les animaux
; espérer que nous reconnaîtrons de mieux
en mieux dans la riche diversité du monde animal
un message de générosité
et de paix de la part du Créateur
; espérer que les générations à
venir sauront respecter en vérité le
superbe jardin que Dieu nous confie
et subordonner la loi « naturelle » du prédateur
à la dynamique divino-humaine de la charité.
La création est une, et la fabuleuse aventure de
la vie rend tous les vivants
solidaires les uns des autres. Pour le
meilleur et pour le pire. Y a-t-il démarche plus
humanisante que celle d´une bête qui, dépourvue
de tous les instruments de l´avoir et du pouvoir,
réussit à rappeler
à des humains leur vocation la plus haute ?
Tout au long de sa vie, et jusqu´aux portes de la
mort, Diane a témoigné d´une simplicité,
d´une dignité, voire d´une élégance
que beaucoup d´entre nous pourraient lui envier.
Ce n´est donc pas la tristesse qui m´envahit
au lendemain de son départ. Le vide qu´elle
laisse appelle la reconnaissance et l´émerveillement.
Il stimule la ferme volonté d´œuvrer
pour que fructifie les trésors
de tendresse et de compassion déposés
par Dieu dans le cœur de ses créatures,
à commencer par les plus humbles.
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