FRATERNITE SACERDOTALE INTERNATIONALE
POUR LE RESPECT DE L’ANIMAL

ASSOCIATION DE RELIGIEUX(SES), PRETRES DIOCESAINS ET DIACRES,
POUR PLUS DE RESPECT DU REGNE ANIMAL AU SEIN DE L’EGLISE CATHOLIQUE

Réflexions

 

L’Homme pourrait-il se passer de l’animal ?

Que serait ce monde sans la nature ? Que serait ce monde sans les animaux ? L'Homme y vivrait-il heureux ? Ne serait-ce pas plutôt une image de l'enfer ? Dans les temps préhistoriques, l'Homme était loin de se considérer comme le couronnement de la création. Il avait l'intuition de sa proximité, de sa parenté avec les animaux. Tout comme lui, ceux-ci pouvaient exprimer la faim, la peur, l'étonnement. Tout comme lui, ils mettaient au monde des petits vivants et les nourrissaient au lait maternel. C'est l'animal qui contribua activement à faire de l'Homme ce qu'il est aujourd'hui.

Ainsi pendant plusieurs millénaires, la culture du blé fut étroitement liée et tributaire de la domestication du boeuf. Non seulement l'animal, dans cette perspective, à côté du travail, créa l'homme et l'aida à se différencier de lui, mais c'est encore l'animal qui s'avère, de par la relation que l'homme entretien avec lui, comme un révélateur des civilisations.


La charrette – Le Nain – 1641 – Musée du Louvre

Toussenel, pour qui le chien est le "premier élément du progrès de l'humanité", va dans ce sens, et ne fait que répéter ce que le célèbre naturaliste français, Buffon, avait déjà exprimé au XVIIIè siècle au sujet du chien : "Comment l'homme aurait-il pu, sans le secours du chien conquérir, dompter, réduire en esclavage les autres animaux ? (...) Pour se mettre en sûreté, et pour se rendre maître de l'univers vivant, il a fallu commencer par se faire un parti parmi les animaux (...) : Le premier art de l'homme a donc été l'éducation du chien, et le fruit de cet art, la conquête et la possession paisible de la Terre".

La relation de l'homme à l'animal est malheureusement souvent ambiguë : soit l'animal est exploité, soit il est mis à distance. L'animal peut donc être successivement rejeté, divinisé ou haï. L'homme reconnaît en lui, soit des valeurs positives, soit des valeurs négatives. L'exemple du chien est très significatif à ce sujet et observe parfaitement cette ambivalence.

La Bible n'est pas étrangère à cette ambiguïté envers l'animal, et elle la reprend largement. Mais, d'un autre côté, que serait la Bible sans la représentation du monde vivant et donc tout particulièrement des animaux ? Sans ces nombreuses références au monde animal, la Bible perdrait, non seulement au niveau du message, mais également au niveau de son charme.

L'Agneau Pascal

En effet, pas une seule page, comme le remarque si bien l’exégète Othmar Keel, où l'animal ne soit pas présent dans la Bible. L'animal s'y trouve du début de la création, avant même l'apparition de l'homme, à la fin des temps, ainsi dans le récit de l'Apocalypse, soit comme ami, au service de l'homme (exemple de l'agneau pascal), soit comme ennemi (exemple du "Wüstendämon").

L'animal est mentionné aussi bien dans les livres historiques de la Bible que dans les livres des prophètes et des sages. Face à un tel constat qui témoigne nettement de l'importance de l'animal, -d'appréciation, certes, positive ou négative-, on ne peut comprendre certains théologiens, tels l'un de ces représentants A. Bondolfi qui souligne, dans l’un de ses ouvrages, que parler de l'animal en théologie, relève d'un "luxe", si ce n'est même d'une "provocation". Pour d'autres, au contraire, trop peu de conclusions ont été tirées des enseignements bibliques à l'égard de l'animal. A notre humble avis, une théologie chrétienne sans évocation de l’animal, peut-être considérée comme nulle ! Et ce ne sont pas les Pères de l’Eglise qui nous contrediront, eux qui utilisaient fréquemment des exemples concernant la vie animale dans leurs prédications. Le Concile Vatican II a permis à l’Eglise un « aggiornamento » c’est-à-dire les pères-évêques ont revisité la Tradition, la liturgie et les dogmes de l’Eglise Universelle. Vatican II a rappelé le caractère prophétique de l'Eglise, cette dernière étant appelée à lire les "signes des temps", expression-clé de la constitution conciliaire Gaudium et Spes. L’Eglise de demain se devra donc d'intervenir dans le débat sur la place de la théologie animale dans la théologie traditionnelle.

Les paragraphes du catéchisme

§ 2415 - Le septième commandement demande le respect de l´intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l´humanité passée, présente et future. L´usage des ressources minérales et animales de l´univers, ne peut être détaché du respect des exigences morales. La domination accordée par le Créateur à l´homme sur les êtres inanimés et les autres vivants n´est pas absolue : elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir : elle exige un respect religieux de l´intégrité de la création.

§2416 - Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de Sa sollicitude providentielle. Par leur simple existence, ils Le bénissent et Lui rendent gloire. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. On se rappellera avec quelle délicatesse les saints, comme S. François d´Assise ou S. Philippe Neri, traitaient les animaux.

§ 2417 - Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu´Il a crée à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu´ils assistent l´homme dans ses travaux et dans ses loisirs. Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables, pourvu qu´elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines.

Saint Philippe Neri

 

§2418 - Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la misère des hommes. On peut aimer les animaux; on ne saurait détourner vers eux l´affection due aux seules personnes.

Par rapport à ces 4 paragraphes du Nouveau Catéchisme de l'Eglise Catholique, beaucoup de choses ont été écrites.
La plupart des associations de protecteurs d'animaux ont émis beaucoup de critiques à leur égard et ont été plutôt déçues. Elles s'attendaient à mieux, notamment au niveau de la miséricorde, de la prise en compte de la souffrance animale du fait de son exploitation par l’Homme, cependant remarquons que ce catéchisme donnait suite à un catéchisme vieux de plusieurs centaines d'années (1566) et qu’il innove en introduisant la thématique des animaux.
Le catéchisme, selon l'idée de Jean Paul II était censé reprendre toute la vie humaine. Reconnaissons donc que l’Eglise a fait un pas en avant : en effet, dans les décrets du Concile de Trente, ainsi que dans le Catéchisme du Concile de Trente, on n'évoquait aucunement la question animale.
Dans celui de 1992, on a 4 paragraphes qui évoquent spécifiquement et uniquement les animaux ! Ces paragraphes s'insèrent dans le commentaire des 10 commandements, commandements essentiels transmis par Dieu à l'Homme (Exode 20,2-17), qui retracent l'Alliance entre Dieu et l'Homme, mais également l'Alliance entre les Hommes entre eux et le Créé. Ce dernier est d'ailleurs souvent oublié, alors qu'il est mentionné à plusieurs reprises.

Ex 20,17 : Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n'auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur , sa servante, son boeuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain.

Le Nouveau Catéchisme mentionne donc ces 4 paragraphes sur les animaux dans le contexte du 7è commandement, lié à la propriété privée des biens et au respect des personnes.
Nous pensons qu'il aurait été plus judicieux d'insérer les 4 paragraphes sur les animaux sous l'article 3, reprenant le 3è commandement, à savoir le Respect du jour du Sabbat. En effet, dans le passage de l'Exode, non seulement l'Homme, le Juif, son serviteur ou sa servante, n'a pas le droit de travailler le jour du Sabbat, mais également ses bêtes, et cette proximité entre l’Homme et l’animal, notamment au niveau du travail, est plus que significative.

Ex 20,10 : ... mais le septième jour, c'est le sabbat du SEIGNEUR, ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, ta servante, tes bêtes, ou l'émigré que tu as dans tes villes.


Ces versets de l'Exode et tout commandement biblique, invoquant les animaux, nous montrent que pour Dieu, le traitement des hommes à l'égard des animaux n'est pas fortuit. Dieu ne laisse pas l'homme légiférer seul. L'inspiration divine de ces versets laisserait-elle planer un doute face à la toute suprématie de l'homme?

Nous regrettons que dans le Catéchisme, on ne parle pas expressément de la corrida, du combat de coqs et de la chasse à cour. Pour Mgr BRAND, ancien évêque de Strasbourg, les paragraphes "pèchent par excès de concision". Le Mouvement Chrétien pour l'Ecologie et la Protection Animale (MCEPA), fondé par Charles Walther, critiquent ces paragraphes car "il manque à ce texte une condamnation explicite de la torture et de la cruauté envers l'animal". En ce sens par contre, nous rejoignons ces deux auteurs pré-cités.

Le christianisme est-il fautif de l’éloignement actuel entre l’Homme et l’Animal ?

Beaucoup de nos contemporains, notamment des personnes actives dans la protection animale, reprenant le philosophe allemand Schopenhauer accusent le christianisme et le judaïsme d’être responsables du mauvais traitement actuel des animaux. Pour eux, Descartes n’a pu développer son idée de l’animal-machine que dans une atmosphère judéo-chrétienne.
Lynn White Jr, historien américain, reprend cette idée. Même si nous ne soutenons pas les thèses de Lynn White, on ne saurait les invalider totalement. Ces thèses reprennent et critiquent la tradition judéo-chrétienne en s’appuyant sur la notion du domina terrae, notion reprise d’une mauvaise compréhension des versets suivants du début de la Genèse :

Gn 1,26 : Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre !"